Retour sur une catastrophe – AC Unity ou la chute sans le tas de foin

Où l'on parle de la saga Assassin's creed

Et de son plongeon vers la mediocrité
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Avant de nous enfoncer dans les méandres glacés de cet article tel un assassin arthritique, laissez moi préciser deux ou trois petites choses :

1- Cet article est la remise au propre d'un article publié précédemment sur mon vieux bloc note de Gamer Tumblr.

2- Ayant désormais élu domicile chez ma tendre moitié gameuse, nous avons décidé que nous chroniquerions ensemble les jeux auxquels nous jouons quand nous ne travaillons pas ou ne faisons pas du skate ou que sais-je encore.

3- Depuis cet article Ubisoft a commis un nouvel opus à sa saga nommé Assassin's Creed Syndicate que nous n'aborderons pas ici tant Unity nous a dégouté de la chose.

4- Alors pourquoi critiquer quand on ne connait pas le dernier ? Et bien l’expérience permet le recul (tous les épisodes joués jusqu'à Syndicate), les retours catastrophiques de nos estimés collègues testeurs de par le web et de notre ami Gilles, grand amateur de la saga.

Bref ce préambule posé allons - y !

Alors voilà j'ai fini je me suis forcé à finir Assassin’s creed Unity et je crois qu'il est temps d'en causer.

En préambule je dirai que j'ai longtemps joué sur PC mais que las des upgrades constants pour jouer au mieux sur mes précieux j'ai fini par basculer du côté des consoleux et en particulier des xboxiens et sachez que je n'ai aucun regrets ! De toute façon comme disait mon ex-femme avec autant de persistance que met la roue d'un moulin à eau à tourner par jour de crue “un pc c'est fait pour travailler pas pour jouer !” gnia gnia etc.. bref la console au moins c'est clair c'est fait pour le game, ça tiens la route et au final une fois amortie ça coute moins cher ! (ben voui vous pouvez me regarder avec dédain joueurs PCiste mes anciens frères, sachez que je n'en ai cure).

Bref j'ai basculé sur xbox360 avec comme premier jeu, et vous comprendrez le pourquoi de ce long second préambule, Assassin’s creed premier du nom !

J'ai depuis tracé ma route sanglante d'assassin sur tous les épisodes jusqu'à Unity, aussi je me sens une certaine légitimité à ramener ma fraise de vieux joueur sur ce dernier.

Faisons court Unity aurait du s'appeler Assassin’s creed Deception.

Oui car c'est bien de déception dont il est question, d'un peu d'amertume aussi. Car enfin Ubisoft comment pouvez-vous flinguer une licence de la sorte ???  Vous nous refilez (tous systèmes confondus - PC /XBOX/PS4) un jeu non fini, non jouable pour certains, avec un scénario écrit par le nègre de BHL sous anxiolytiques, qui tient à peine sur un demi timbre poste et vous tentez de nous faire passer en plus un season pass (que comme une truffe j'ai acquis - ce que je n'ai jamais fait pour aucun jeu - dès le départ tant l'attente avait été insupportable et le jeu porteur de tellement de promesses) qu'au final vous offrez à tout le monde pour calmer la foule de sans-culottes qui veut vous passer au tranchoir (en vous évitant par là-même un procès mais nous y reviendrons) ! Et vous pensez les gars du marketing et de la comm de chez Ubi que tout va bien ???

Non mais ! oh ! je m'en vais vous le dire dans le détail moi ce qui pose problème dans cette histoire non histoire.

Je ne reviendrai pas sur les problèmes techniques d'autres l'ont fait mieux que moi.

Ce qui m’intéresse en tant que joueur c'est l'histoire et accessoirement le gameplay qui la sert.

Je n'ai jamais réussi à m’intéresser à un jeu “vide”. Vide de contenu vide de sens. Il en faut pour tout le monde, j'ai pas de problèmes avec ça mais en ce qui me concerne un jeu doit servir une histoire. Les anciens du jdr se rappelleront avec une larme à l'oeil les heures passées sur Baldur’s Gates et autres joyeusetés et j'en passe.

Pour revenir à Assassin’s creed l'histoire d'Altaïr était intéressante, l'arc narratif simple mais bien structuré et la méta histoire de Desmond (le personnage du monde “réel”) assez intéressante pour donner envie d'en savoir plus sur la pomme d'eden, les templiers et les assassins.

S'en suivit ce qui aller poser les fondements de la licence à savoir l'histoire de celui que beaucoup considèrent comme le personnage le plus intéressant de la série j'ai nommé Ezio Auditore di Firenze..

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Nous avions ici tous les ressorts narratifs propre à impliquer le joueur dans l'histoire. Car c'est bien de ceci dont il s'agit, l'implication. Si un jeu de ce type n'est pas capable de proposer une histoire impliquant le joueur alors il n'est rien de plus qu'un passe temps de borne d'arcade.
Le scénario fait tout, c'est en quoi le jeu vidéo est finalement très proche du cinéma, de la littérature ou du théâtre dont il emprunte tous les codes, forme de syncrétisme absolu. Il faut que l'histoire touche le spectateur/joueur dans ce qu'il a d'intime, pour qu'il s'abandonne à l'histoire. C'est ainsi que ça fonctionne, que ça toujours fonctionné et que ça fonctionnera toujours.

Les scénariste d'Ubisoft l'avaient compris avec Ezio. Le joueur lui donnait son premier souffle de vie et aller l'accompagner jusqu'au bout de sa quête de l'enfance à l'âge mature et, sacre final, jusque dans l'anime qui relatait sa dernière aventure et sa fin. Combien de personnage de jeu vidéo ont eu le droit à un tel honneur ? C'est dire si le personnage d'Ezio était important, structuré et surtout crédible.

Depuis le trauma de la perte familiale jusqu'à la quête de vengeance puis de connaissance, l'arc narratif des Assassin’s creed relatifs à Ezio (Assassin’s creed 2, Assassin’s creed brotherhood, Assassin’s creed revelation) n'a connu finalement quasiment aucune faiblesse. On ne peut pas en dire autant de la meta histoire de Desmond mais au final elle n'était "qu'accessoire".

Ezio était un personnage attachant et c'est pourquoi aujourd'hui encore il est la référence de la saga. Ce n'est pas pour rien que nos "amis" d'Ubi après avoir rendu retro compatibles le premier AC et le AC2 ont décidé de stopper là pour nous vendre un remaster de la saga d'Ezio. Pognon quand tu nous tiens...

Le gameplay de ces épisodes était alors assez exigeant, les quêtes ne se résolvaient pas facilement, bref on en chiait un peu et c'était bon. C'est vrai il m'est arrivé de détester les 100% de synchronisation mais quand même ça titillait le joueur hardcore il faut le reconnaitre (ok pas autant qu'un Darksoul ou un Skyrim je vous l'accorde).

Ensuite vint Connor, c'est vrai qu'on l'a souvent appelé le mal aimé. Pourtant son histoire personnelle était intéressante, bien pensée. Je suis passé à côté mais plutôt parce qu'à cette époque mentalement j'étais peu disponible pour le jeu. Il faut dire aussi que l'histoire américaine ne m'a jamais passionné.. Aujourd'hui je vois ma chérie jouer avec Connor et je me dis waou c'est excellent.

Par contre c'est là que le gameplay de chez Ubi commence à merder. A vouloir séduire les casuals gamers le free run est devenu n'importe quoi et les combats se sont simplifiés à l’extrême. Résultat : déjà par la mécanique de jeu on avait plus de mal à adhérer, le personnage était moins contrôlable (là ou il devait l'être plus) et les combats n'avait plus de sens : deux touches appuyées et hop j'extermine tout le monde…

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D'autant plus que pendant ce temps là d'autres éditeurs n'attendaient pas, la franchise Batman de Rocksteady explosait tout et le système de combat du chevalier noir renvoyait tout le monde dans les limbes. C'était rapide, immersif extrêmement bien pensé, bref un moment de pure extase et bien sûr vous l'aurez compris le scénario était très bon.

Vint ensuite Aveline, enfin un personnage féminin dont l'histoire bien que cousue de fil blanc tenait encore à peu près debout mais ça sentait l'épuisement.

Comme beaucoup d'autres joueurs j'avais beaucoup aimé la partie navale d'Assassin’s creed 3 et je me suis jeté avec avidité sur Assassin’s creed Black Flag. Et j'ai aimé Edouard Kenway tout de suite. Parce qu'il tranchait avec les autres personnages, parce que même s'il partageait quelques traits de caractères commun avec Ezio il était loin du culte des assassins, parce qu'il était un pirate et qu'il en avait le charisme, la force, l'agilité et qu'il trimballait une mauvaise humeur et forcement une absence d'obéissance aux règles qui me plaisait bien. Et puis Edouard est intervenu dans ma vie au moment où j'en avais besoin pour faire face à certains traumas auditifs et autres nuisances. Il m'a aidé à tenir le coup. Car oui c'est aussi à ça que peuvent servir les personnages de jeu vidéo, au même titre que les héros de livre, de comics, de films, de série. Ils peuvent vous aider à tenir. J'ai une grande affection pour Shepard de Mass effect (le plus grand jeu de tous les temps) tout comme d'autres ont de l'affection pour le Master chief ou pour Lara. Bref il est des personnages que l'on garde en soit et tout comme Ezio avait sa place Edouard a pris la sienne. L'histoire valait ce qu'elle valait mais elle était crédible du point de vue d'Edouard. Le coup du Sage était un peu limite tout comme la meta histoire chez Abstergo mais il faut bien reprendre avec les debris de l'histoire Desmond… Bref sans être transcendante, le caractère épique du personnage suffisait à porter l'histoire bancale (comme quoi…).

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Alors voila qu'arrive Unity… (et Rogue aussi sur xbox360 mais je ne l'ai pas joué et je crois que je vais faire un stop là…). Quelle attente, imaginez… l'assassin’s creed next Gen.. dire que j'ai fait l'acquisition de la xbox one quasiment pour Unity comme à l'époque j’étais passé sur xbox 360 pour assassin’s creed…

Et là…c'est le drame… Goinfré de traillers et de bandes annonces je regarde comme tant d'autres défiler sous mes yeux le Paris de la révolution. Les éclairages sont parfaits, la gestion de la foule s'annonce impressionnante, le héros est annoncé comme un grand maitre assassin, une histoire d'amour se laisse entrevoir sur fonds de réconciliation (unity ahahah) avec les templiers, on peut customiser ses compétences, on peut jouer en équipe jusqu'à 4 wouaaaa et puis merde quoi c'est l'histoire de mon pays ! (bon certains ne seront pas d'accord sur ce point cf monsieur Mélenchon).

J'installe la galette (merci la One pour tes 1h30 d'installation à chaque nouveau jeu) et là paf ! les premières images, waou Paris est impressionnant, la modélisation est un truc de dingue y'a rien à redire la promesse est tenue. Rohh et toutes ces quêtes annexes, ces enquêtes, ces éléments historiques à voir, ces coffres à ouvrir (ça c'est lourd faudrait en finir une fois pour toute…) rahhh et l'histoire Arno le nouveau personnage… ah tiens… c'est marrant on le voit enfant… ah tiens lui aussi perd son père…. ah tiens lui aussi se retrouve sans rien… Bref vous l'aurez compris ça commence mal. Comme si les gars de chez Ubi s'était dit : “ok on va prendre Ezio le secouer un peu, enlever ce qui fait son épaisseur et garder juste le squelette”.

Regardons le cet Arno. Déjà il ressemble à Jean Dusjardin et même si j'ai de la sympathie pour ce dernier c'est pas le meilleur choix qu'on puisse faire… Ensuite il y a cette capuche retro éclairée qui fait que même au coeur des ombres on voit toujours son visage à Arno… c'est pas un peu étrange ? Enfin il a un charisme… d'endive. Ben voui c'est ce qui a été écrit dans bon nombre d'endroit mais oui c'est vrai c'est  une endive.

Et enfin regardons l'arc narratif… Un trauma initial, suivi d'un second trauma (la mort de De La Serre) , la Bastille, l'initiation par Bellec (tiens l'oncle Mario version “bouge ton cul merdeux”), l'amour perdu d'Elise et ce moment magique “tu es un assassin, je suis une templière et tu es responsable de la mort de mon père”, et la fameuse quête de rédemption d'Arno qui se résume par “trouver le commanditaire de la mort du père d'Elise” et qui est une suite grotesque d'assassinats sans liens entre eux si ce n'est le fil ténu de trouver Germain le dit commanditaire. Arno le maître assassin ne fait ici que suivre Elise, personnage qui aurait pu être intéressant mais qui n'est au final qu'une sorte de Pimprenelle expliquant à Nicolas ce qu'il doit faire (pour les plus jeunes je renvoie à Bonne nuit les petits). Quand à leur tragique histoire d'amour elle si insipide que le premier qui ose la comparer à celle de Roméo et Juliette je lui fait bouffer l'intégrale des textes du grand William  !! On ressort de là sans avoir à aucun moment senti un frisson, sans avoir à aucun moment craint pour le personnage, bref sans s'être senti impliqué à aucun moment que ce soit.

Un échec donc. Un échec narratif et scénaristique.

Enfin faut-il donc nous prendre pour des imbéciles pour oser nous servir une histoire si pathétique et vide de sens ? Pensez-vous chers scénaristes d'Ubisoft que les joueurs sont aussi stupides que les médias se complaisent à les décrire ?  Vous aviez de quoi faire un titre formidable, une grande époque, de grands changements qui ont eu une portée mondiale et ont influencé tellement d'autres nations, de grandes possibilités pour fabriquer votre héros en faire un personnage ayant de l'épaisseur une inclusion réelle dans son siècle. Pourquoi ne pas en faire un enfant du peuple plutôt qu'encore une fois un noble ? Ou si vous vouliez vraiment en faire un noble qu'il s'implique dans les changements de son époque, qu'il les suive qu'il en soit moteur. Mais non Arno n'a rien d'un moteur il n'est que la dernière roue du carrosse dans lequel roule la division marketing & finance d'Ubisoft. Vous sacrifiez un personnage et une histoire, plus encore vous sacrifiez un nombre colossal de joueurs acquis à votre cause à des aspects purement mercantiles. Car oui le jeux doit être rentable, oui il doit rapporter de l'argent puisqu'il en coute mais là vous vous tirez une balle de mousquet dans le pied. Regardez vous. Votre histoire ne vaut pas un clou, votre jeu sort et fini avec des patchs de la taille de DLCs (6.9 go), vous êtes contraints d'annuler le season pass et d'offrir un jeu gratuit de votre catalogue (y compris deux nouveaux jeux) à vos joueurs pour éviter la grogne et les recours collectifs - votre clause dans les conditions générale d'acceptation du jeu de dédommagement tout le Monde du jeu video l'a vu… Ce lancement devait être la première pierre d'un nouvel édifice sur Next gen et c'est déjà une ruine…

Oui mais le gameplay est fantastique me direz vous ! Ah bon ? Oui c'est vrai les courses sur les toits et les mouvements sur grande distance sont bons, mais injouables dans les espaces réduits. Le Free Run ne s'est pas amélioré sauf pour les descentes contrôlées. Et surtout il n'est pas crédible. Car Altair et Ezio se déplaçaient avec cohérence, même si parfois c'était limite mais là Arno… il fait pâlir d'envie Edouard, c'est spiderman ou super ouistiti… Je ne doute pas que les spécialistes de Parkour soient très forts mais là quand même…. C'est du n'importe quoi.

Le combat plus dynamique et plus dur ? ahahah quelle blague au début peut-être mais très vite Arno redevient un tank de combat difficile à arrêter.

Pourtant les combats dynamiques ça existe, je citais plus haut la série des Arkhams, en ce moment je joue à l'Ombre du Mordor (edit : en fait c'est Elena qui y joue, mai j'ai fini depuis longtemps :p) et je dois dire que non seulement les combats sont extrêmement dynamiques (inspirés du système Arkham) mais que même malgré la puissance du personnage la difficulté est importante.

Et j'ai failli oublier le nouveau mode furtif … mouhahahah enfin quand on édite Splinter Cell quelle honte… c'est inutile et très mal fait. Il n'y a aucune souplesse, encore une fois regardez le mode furtif de l'Ombre du  Mordor.

Alors les points positifs ?

Le Paris de la révolution, encore une fois c'est un travail magnifique, un vrai plaisir visuel, auditif, explorer l'aire de jeu est vraiment agréable.

Les enquêtes sont bien faites quoique simplistes.

Le multijoueurs coopératif est sympa (malgré une première expérience traumatisante :D).

Mais ces quelques points positifs ne suffisent pas à rattraper le jeu. Les personnages sont creux faute d'histoire personnelle travaillée, l'histoire se déroule sans que l'on ai l'impression d'en faire partie.

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Un personnage comme Talion dans l'Ombre du Mordor dispose d'une histoire intéressante et même si l'action est répétitive on s'implique pour la narration, pour la relation au spectre et pour connaitre la fin !! et on recommence quand on se plante avec envie de recommencer.

Sans compter tous les bugs des PCistes… mais prenez exemple sur CD Projekt Red pour the Witcher 3 qui préfère reculer la date de sortie pour livrer un produit plus sûr pour les joueurs.

Faites un stop avec votre pompe à pognon et embauchez de vrais scénaristes. Allez voir du côté de Bioware je ne sais pas mais par pitié donnez nous un assassin qui ressemble à quelque chose…. Jouer c'est avoir du plaisir sinon ça ne sert à rien, et là finir ce jeu c'était une contrainte soyons clair….

Je ne sais pas quand nous nous recroiserons mais pour ma part ce ne sera pas avant longtemps…

M'en vais chasser l'orc tiens…

NB : Depuis la rédaction de cet article Ubisoft a interrompu la série des AC pour "repenser le futur", mais la franchise a quand même continué à rapporter des tunes avec un film et un remaster de la saga d'Ezio... La pomme d'or en quelque sorte.

Benedyct

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